L'INVITE DU MOIS
( AOUT 2008 )
Denis BALIBOUSE
L’âme des hommes et des pierres
De la pierre, de l’eau, du brouillard et de la vie, oui, quand même de la vie. Une vie furtive, légère, une vie qui vole,
passe, disparaît, revient, une vie qui n’a rien à voir avec le monde d’aujourd’hui qui parle, parle, et parle encore,
pas forcément pour ne rien dire, mais pas forcément non plus pour dire quelque chose.
Ici, il faut regarder et vouloir voir, écouter et vouloir entendre pour saisir l’existence et les respirations de l’île.
Ici, là, sur ce monde de pierre, d’eau, de brouillard, Denis Balibouse a posé son regard qui voulait trouver le noir et le blanc,
le noir et blanc, ces couleurs dont il semble évident qu’elles disent l’essentiel des âmes, par tous les temps et en toutes saisons.
Alors voilà, Denis Balibouse s’est installé pendant quinze jours au pays des fous de Bassan, des macareux, des fulmars et
des étranges maisons de pierres abandonnées par les derniers habitants voilà près de quatre-vingt ans.
Le photographe est devenu l’habitant, il a vu les fous plonger, les fulmars s’installer sur les falaises où nul humain ne pourrait
prétendre poser l’ombre d’un pied. Il s’est appuyé aux murs que les vents même obstinés n’ont pas encore réussi à coucher;
il a retenu le brouillard qui s’étirait sur les rochers, il a posé le genou sur l’herbe rase et âpre qui jamais n’a accueilli un arbre.
Et voilà que nous y sommes, nous aussi, à Saint-Kilda. Nous y sommes parce que dans les photographies profondes de Denis
Balibouse, nous trouvons, nous voyons, nous entendons aussi bien le silence que les bruissements d’aile, et nous mesurons
le poids des pierres arrangées peut-être pour l’éternité par les architectes de l’essentiel, ces hommes de Saint-Kilda qui
finirent par demander grâce sous les assauts de la pauvreté, de la solitude et de la faim. Ces photographies sont un
hommage à ces familles, mais aussi aux recoins de notre planète préservés des excès de la vie moderne.
Ces photographies sont un signe de respect pour ce qui est différent, pour ce qu’on ne connaît pas, pour ce qui nous enrichit
lorsqu’on prend la peine de voyager, loin ou pas loin, avec son cœur et sa raison.
Philippe Dubath, journaliste à 24 heures












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http://www.denisbalibouse.ch
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